“Requiem pour les vivants” au Théâtre de la Tempête : Delphine Hecquet raconte le deuil avec une grande sincérité
"Requiem pour les vivants" de Delphine Hecquet © Simon Gosselin
C’est un titre bien curieux que “Requiem pour les vivants”, à priori totalement paradoxal, il représente pourtant parfaitement ce spectacle qui chante les louanges de la vie, et l’exaltation de se sentir exister.
Chaque été, à Marseille, un groupe d’amis se retrouve pour sauter du haut des falaises et essayer d’atterrir sains et saufs dans l’eau. D’abord de huit, puis dix et enfin douze mètres, la hauteur est pour eux un moyen de se dépasser, une manière de frissonner au contact du danger, de se sentir libres, loin des considérations du monde des adultes. Ils ont pourtant conscience du risque que représentent ces sauts, mais chacun est un dépassement, un cri qui s’oppose aux malheurs du monde pour se prouver que l’on est vivants ; parce que face à un monde qui s’effondre, face à un monde trop écrasant pour des désirs trop grands, le danger en devient presque rassurant.
Le jour de son vingtième anniversaire, Jonas meurt en heurtant les rochers.

Requiem pour les vivants, de Delphine Hecquet © Simon Gosselin
C’est un sujet difficile à aborder : comment évoquer la mort d’un jeune homme, la peine de sa mère et de ses amis, sans tomber dans le pathos ? Comment évoquer une telle tristesse au théâtre sans aller dans une complainte poussive qui mettrait le spectateur mal à l’aise au lieu de l’émouvoir ?
Pour accomplir cette tâche, Delphine Hecquet a choisi la joie. La tragédie qui a lieu dans ce spectacle servira d’étincelle pour révéler la nature de chacun des personnages, on apprend à connaître chacun : ses peines, ses doutes, comment il ou elle a vécu la mort de Jonas, et ce qu’on retient de lui. Plutôt que de trop s’apitoyer sur la mort, la metteuse en scène a décidé de célébrer ceux qui sont encore en vie. Après tout, même si Jonas est parti, ça reste son anniversaire et il faut le célébrer.

Requiem pour les vivants de Delphine Hecquet © Simon Gosselin
Sur le plateau, la maison de Jonas, décor dans lequel sa mère le verra pour la dernière fois, si dans la maison, on assiste à des scènes de la vie quotidienne, le toit de celle-ci est un perchoir sur lequel tout est possible, on danse, on s’amuse, on chante et on chute. Un endroit hors du temps qui abaisse les frontières entre la mère et les amis de Jonas.
Requiem pour les vivants joue un subtil numéro d’équilibrisme entre danse, théâtre et chant a capella, si on peut au premier abord avoir peur d’un pot-pourri qui jongle maladroitement entre ses formes il n’en est rien. Chaque scène est justifiée et la multiplicité des disciplines donne au spectacle une profondeur supplémentaire grâce à cette chorale de comédien-danseurs-chanteurs, tous extrêmement talentueux.
Delphine Hecquet signe ici une pièce d’une grande intensité, qui évite brillamment les possibles écueils qu’un tel sujet peut engendrer, en proposant une œuvre incarnée et touchante, d’une rare sincérité.
Antoine Le Tellier
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